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Les habitants du milieu profond…

Billet de Stéphane Hourdez

Certains groupes d’animaux ont un grand succès en milieu profond, atteignant des densités parfois importantes ou présentant une grande diversité d’espèces. Le milieu profond a aussi pu servir de refuge au cours de l’histoire de notre planète pour certains groupes. Cet écosystème qui occupe la plus grande surface de notre planète est très loin d’être uniforme, offrant des surfaces diverses (couvertes de sédiment fin, de sable, de débris ou encore de la roche nue), et des profondeurs atteignant un peu plus de 11 000 m dans la fosse des Mariannes.

Au cours de notre campagne en mer, nous visons une partie de ce milieu profond, allant de 200 m de profondeur à environ 1000 m, aux limites de capacité de notre navire. La profondeur implique une pression de la masse d’eau très importante (20 fois la pression atmosphérique à 200 m de profondeur, et 100 fois à 1000 mètres), ainsi qu’une quantité de nourriture qui diminue avec la profondeur (loin de la surface, il n’y a plus de photosynthèse et seule la matière organique qui tombe de la surface alimente l’écosystème profond). Les espèces que l’on y trouve sont donc adaptées à ces contraintes et ne sont pas trouvées près de la surface.

Tout notre travail consiste à explorer et documenter cette diversité profonde et à comprendre son origine. Je m’intéresse particulièrement à un groupe de vers annélides qui portent des petites plaques sur leur dos (appelées élytres) et sont regroupés dans la famille des Polynoidae. Cette famille comprend plus de 900 espèces décrites à l’heure actuelle dans le monde. Ils sont trouvés en milieu littoral (tempéré, tropical, polaire), mais aussi en milieu profond (abyssal, mais aussi sources hydrothermales profondes). Le groupe se prête donc bien à l’étude des relations de parenté entre espèces profondes et peu profondes : l’origine de la famille est-elle dans le milieu profond ? Au contraire, la colonisation du milieu profond est-elle secondaire ? Combien de fois cette transition profond-peu profond s’est-elle produite ?

Les échantillons récoltés pendant la campagne m’intéressent donc particulièrement. Depuis le début de notre campagne, nous avons capturé deux espèces du genre Macellicephala, uniquement connu en milieu profond.

Ces animaux exclusivement trouvés en milieu profond n’ont plus d’yeux et le nombre de segments est réduit (ici 18) par rapport aux espèces littorales (typiquement 40-50 segments). Une fois ces échantillons récoltés, tout le travail de laboratoire, en particulier la génétique, peut commencer…