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Macrophotos pour micromollusques

L'année dernière nous nous sommes consacrés à la collecte et l'étude des mollusques que nous pouvions collecter à vue, que nous qualifions de macromollusques, en regard des micromollusques, dont la taille adulte est inférieure à 5 mm dans sa plus grande longueur. Ces espèces très discrètes sont majoritaires en nombre et représentent jusqu'à 80 % de la diversité des mollusques.

Tout comme pour les macromollusques – http://www.nouvellecaledonie.laplaneterevisitee.org/fr/carnet-bord/carnet-bord-koumac-2018/photographie-specimens-laboratoire-histoire-choix – nous photographions un grand nombre des spécimens collectés cette année. Le principe et les objectifs sont les mêmes : documenter les caractères portés par l'animal, pigmentation et motifs, morphologie externe de l'animal, pouvant aider à classifier et à déterminer les espèces rencontrées et décrire au mieux les nouvelles espèces.

En effet, la coquille des mollusques n'est pas toujours suffisante pour caractériser pleinement certaines espèces. Elle peut présenter des caractères peu discriminants, qui peuvent être envisagés comme de la simple variabilité. C'est par exemple le cas pour de nombreuses espèces de marginelles (familles des marginellidae et des cysticidae) dont les coquilles sont très similaires, translucides et sans motif particulier, alors que les animaux sont vivement colorés, avec des motifs bien distincts.

Trois Marginelles aux coquilles similaires et aux motifs du corps différents. Trois Marginelles aux coquilles similaires et aux motifs du corps différents.
Trois Eulimidae aux coquilles assez proches mais aux couleurs et motifs du corps différents Trois Eulimidae aux coquilles assez proches mais aux couleurs et motifs du corps différents

La photo de ces espèces est affaire de patience, d'anticipation, de réflexe et de chance également. Les spécimens sont petits, très petits même, certains faisant moins de 0,5 mm. Ils sont déposés à la pipette dans une salière qui leurs sert d'aquarium. En macrophographie, le champ de la photo est très réduit, la salière prend les proportions d'un (petit) océan où il faut retrouver le spécimen dans le viseur de l'appareil.

Ensuite, il faut que l'animal s'active... et là parfois l'animal se déploie instantanément et se déplace... vite, trop vite pour être suivi avant de sortir du champ de la photo. D'autres fois il prend son temps et il faut être patient et attentif à ses moindres mouvements. Heureusement, l'appareil photo est relié à un ordinateur portable et la visée se fait via l'écran, ce qui est plus pratique lorsque l'animal est quelque peu timide où sensible aux vibrations. En effet pour certains, le moindre soubresaut les fait se rétracter dans leur coquille... pour une nouvelle et aussi longue attente.

Quand le spécimen est en extension, qu'il se déplace, il faut encore le suivre - en déplaçant la salière - faire la mise au point et déclencher au bon moment, lorsque l'on voit l'œil, qu'il ne déborde pas du champ de l'image...

Installation pour la photographie des micromollusques Installation pour la photographie des micromollusques

Pour cela, et afin que chaque détail important puisse être documenté, nous faisons plusieurs photos pour chaque spécimen, vue globales et vues de détails, généralement entre 5 et 10 photos, parfois beaucoup plus.

 

Il nous faut choisir qui passera sous l'objectif !

 

Le nombre de spécimens collecté est bien trop important pour que nous puissions les photographier tous. Idéalement, il serait intéressant de photographier au moins un individu de chaque espèce supposée, mais cela n'est pas, non plus, possible. Nous devons donc faire des choix. Nous retenons ce qui apparait curieux, inédit, « jamais vu » par les trieurs qui pourtant en ont vu d'autres !

 

Plus systématiquement, nous photographions les spécimens pour lesquels la photo peut apporter des informations sur la caractérisation de l'espèce. Toutes les familles sont concernées, mais certaines sont - pour diverses raisons - privilégiées et plus systématiquement photographiée : Marginellidae, Cysticidae, Ovulidae, Cerithiidae, Dialidae, Litiopidae, Vanikoridae, Lamellariidae, Triviidae, Trochidae, Cimidae, Murchisonellidae...

 

Quelques exemples de micromollusques, tous d’une longueur inférieure au millimètre, photographiés aux cours de la mission Koumac 2019 :

Spécimen du genre Microstilifer Spécimen du genre Microstilifer
Spécimen de la famille des Murchisonellidae Spécimen de la famille des Murchisonellidae
Spécimen de la famille des Cimidae Spécimen de la famille des Cimidae

 

Des critères plus subjectifs rentrent aussi en jeu, et des spécimens sont photographiés au coup de cœur, parce qu'il est « vraiment beau » (Une Mitromorpha par exemple) où qu'il appartient à une espèce décrite par mes prédécesseurs au Muséum de Bordeaux comme Volvella montrouzieri.

Mitromorpha sp. aux couleurs éclatantes Mitromorpha sp. aux couleurs éclatantes
Spécimen de Volvatella vigourouxi Spécimen de Volvatella vigourouxi

Nous parlons beaucoup des gastéropodes, mais ils ne sont pas les seuls à se faire tirer le portrait. Seulement il est souvent plus difficile de voir le corps de l'animal chez les chitons, scaphopodes, solenogstres ou bivalves... à l'exception des bivalves de la famille des Galeommatidae. Ceux-ci en effet ont un manteau, souvent doté de digitations, recouvrant la coquille et un pied très développé. Ce sont des bivalves capables de se déplacer, de ramper presque à la manière d'un gastéropode !

Galeommatidae en train de ramper. Des zones brunes au niveau des valves de la coquille donnent l’impression qu’il possède une tête et des yeux Galeommatidae en train de ramper. Des zones brunes au niveau des valves de la coquille donnent l’impression qu’il possède une tête et des yeux
Galeommatidae en train de ramper Galeommatidae en train de ramper
Spécimen de Scaphopode Spécimen de Scaphopode
Spécimen de Solenogastre Spécimen de Solenogastre

Laurent Charles