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Une diversité cachée de crevettes cachées !

Marine crustaceans, including crabs, lobsters, shrimps or mantis shrimps are usually colourful and conspicuous invertebrates popular amongst divers and underwater photographers.  

Les crustacés marins, qui incluent les crabes, langoustes, crevettes ou crevettes-mantes sont souvent très colorés et bien visibles, et donc sans surprise très populaires auprès des plongeurs et des photographes sous-marins.

However, there are also some groups of marine crustaceans that are rarely seen and almost unknown to the public because of their hidden lifestyle. One of these groups is crustaceans that spend most of their lives inside the gill chamber of bivalve molluscs (one of those – a new pinnotherid crab, was recently mentioned here in the contribution by Shane Ahyong), another includes various crustaceans inhabiting the intricate network of the inner channels of sponges. Representatives of several genera of symbiotic shrimps of the family Palaemonidae also belong to this group of crustaceans.

Cependant, il y a certains groupes de crustacés marins que l’on rencontre plus rarement et qui demeurent donc, la plupart du temps, inconnus du public car ils vivent cachés. En effet, certains groupes de crustacés passent toute leur vie dans la cavité branchiale de bivalves (le groupe des crabes pinnothérides récemment mentionné par Shane Ahyong - précédent post - en fait partie). Divers crustacés vivent cloîtrés dans le complexe réseau de canaux internes des éponges : on peut par exemple mentionner les crevettes symbiotiques de la famille des Palaemonidées.

Femelle du genre Periclimenaeus cachée dans les canaux de son éponge hôte Femelle du genre Periclimenaeus cachée dans les canaux de son éponge hôte

Shrimps inhabiting sea sponges, generally called ‘spongobionts’, have their body size and body shape adapted to fit in confined conditions inside their host. Because of limited space in sponge channels, they are usually very small, with body length less than 1 cm. Their body is smooth, subcylindrical, with short legs and without eminent spines. On the other hand, they often possess strong claws, one of them being much bigger especially in males. They use them to protect themselves from intruders, and individuals of the same species. The smaller claw is then used for feeding. The females are mostly provided with less impressive claws, but are markedly bigger to produce and care for a considerably great volume of eggs (as typical for symbionts) attached underneath their abdomen.

Les crevettes qui habitent dans les éponges, généralement appelées « spongobiontes » ou « spongobitiques », ont une forme et une taille adaptées à leur vie à l’intérieur de leur hôte. A cause de l’espace réduit dans les canaux de l’éponge, elles sont très souvent minuscules, avec un corps de moins d’un centimètre. Leur corps est mou, cylindrique, avec de courtes pattes et sans épines proéminentes, ce qui leur permet de se glisser plus à leur aise dans des cavités étroites. En contrepartie, elles possèdent très souvent des pinces puissantes, dont l’une est plus grosse que l’autre surtout chez les mâles. Ils les utilisent pour se protéger des intrus et des autres individus de leur espèce. La plus fine des deux pinces leur sert à se nourrir. Les femelles sont souvent pourvues de pinces moins impressionnantes mais sont globalement plus grandes en taille, leur permettant de produire et de s’occuper d’un très grand nombre d’œufs attachés sous leur abdomen.

Corps de forme cylindrique typique d'une femelle Onycocaris bocki Corps de forme cylindrique typique d'une femelle Onycocaris bocki

Only limited information is known about diet of sponge-associated shrimps, but it is presumed that most of them feed on their sponge host tissues. This parasitic mode of life was already confirmed in spongobiotic palaemonid shrimps of the genus Typton in which the smaller of their main claws looks like scissors and, indeed, is used for cutting sponge tissues. Despite acting as parasites by eating their sponge home, they also clean its internal channels and effectively protect the sponge from other feeders, thus providing valuable services to the hosts that easily regenerate their limited body losses.

Nous n’avons que très peu de renseignements sur le régime alimentaire des crevettes qui sont associées aux éponges, mais on suppose que la majorité de leur nourriture provient des tissus de l’éponge. Ce mode de vie parasite a déjà été observé chez les crevettes palaemonidées spongobiotiques du genre Typton, où la petite pince ressemble à des ciseaux et, en effet, sert à couper les tissus de l’éponge. Même si celles-ci semblent agir comme un parasite en mangeant leur hôte, elles nettoient aussi les canaux internes de l’éponge et la protègent d’autres mangeurs, fournissant ainsi un service précieux à l’hôte qui peut facilement par la suite régénérer le peu de tissus perdus.

 

In New Caledonia, only about 9 species of spongobiotic palaemonid shrimps belonging to 5 genera have been recorded up to now. During the Koumac 2018 and 2019 expeditions, representatives of 3 more genera were found and at least 5 species new to science were discovered. However, there are over 100 species belonging to about 20 genera of spongobiotic palaemonids described from the Indo-West Pacific region indicating that there is potentially much higher diversity of those shrimps in New Caledonian waters still remaining hidden deep inside sponge channels…

En Nouvelle-Calédonie, seulement 9 espèces de  crevettes palaemonidées spongobiotiques appartenant à 5 genres avaient été observées jusque-là. Pendant les expéditions de Koumac 2018 et 2019, des représentants de 3 genres de plus ont été trouvés et au moins 5 espèces nouvelles pour la science ont été découvertes. Toutefois, il y a plus de 100 espèces appartenant à 20 genres de palaemonidées spongobiotique qui ont été décrites dans la région du Pacifique ouest, ce qui laisse penser qu’il y a potentiellement une très grande diversité de ces crevettes dans les eaux de Nouvelle-Calédonie qui restent encore cachées au fin fond des canaux des éponges…

Typtonychus crassimanus, espèce impliquée dans une association crevette éponge-crevette, décrite pour la première fois par A. J. Bruce in 1996 en Nouvelle-Caledonie. Typtonychus crassimanus, espèce impliquée dans une association crevette éponge-crevette, décrite pour la première fois par A. J. Bruce in 1996 en Nouvelle-Caledonie.