4844

La photographie des spécimens au laboratoire : une histoire de choix

La reconnaissance des espèces et leur détermination dépendent de la comparaison des spécimens collectés avec des descriptions, des spécimens de références et des illustrations ou photographies, déjà existantes ou à créer.

Les premières expéditions naturalistes embarquaient des illustrateurs chargés de dessiner les nouveaux organismes collectés afin d'en conserver les caractères : morphologie, couleurs, attitudes...

Aujourd'hui, l'illustration est presque entièrement remplacée par la photographie numérique, mais les objectifs premiers sont les mêmes : documenter et caractériser les spécimens collectés pour les comparer, les déterminer, et les décrire dans le cas de nouvelles espèces. Les photographies sont aussi un outil de diffusion et de communication, permettant de rendre accessible et de faire découvrir à tout un chacun la richesse de la diversité biologique, tout en sensibilisant à l'importance de sa préservation.

Tous les jours, plusieurs centaines de spécimens de mollusques, de plusieurs dizaines d'espèces différentes, sont collectés par les équipes de plongeurs et de marées. Ces spécimens sont bien trop nombreux pour tous être photographiés. Il est donc nécessaire de faire des choix. Plusieurs critères peuvent conduire à retenir sous le banc photo tel spécimen plutôt qu’un autre. Le premier d'entre eux consiste souvent à ne photographier qu'un spécimen par espèce. L'un des objectifs principaux de la photographie étant de préserver les caractéristiques qui seront perdues une fois les spécimens mis en collection (perte de couleurs après la mise en alcool ou perte de matière après prélèvement de tissu pour le barcode).

Pour les mollusques par exemple, nous choisissons de photographier des espèces dont le corps du mollusque – partie molle – va présenter des critères de détermination complémentaires à ceux de sa coquille, et typiquement les motifs et les patrons de couleurs de son manteau.

C'est le cas chez les bivalves Galeommatidés dont la coquille est généralement petite, fine, translucide et peu ou pas colorée... sans caractères spécifiques marqués. Leur corps en revanche est très particulier avec un manteau doté de nombreuses papilles et extensions, souvent colorées, recouvrant la coquille. La photographie est alors toute indiquée pour documenter ces caractères, qui disparaitront lors du conditionnement.

Galeommatidé © Laurent Charles/ MNHN Galeommatidé © Laurent Charles/ MNHN
Galeommatidé © Laurent Charles/ MNHN Galeommatidé © Laurent Charles/ MNHN
Galeommatidés © Laurent Charles/ MNHN Galeommatidé © Laurent Charles/ MNHN
Galeommatidés © Laurent Charles/ MNHN Galeommatidé © Laurent Charles/ MNHN
Différentes espèces de Galeommatidés © Laurent Charles/ MNHN Différentes espèces de Galeommatidés © Laurent Charles/ MNHN

La photographie a tout de même ses limites ! Il est parfois difficile, voire impossible, de différencier une espèce d’une autre à l’œil nu, et la photographie a alors besoin d’être liée à une autre pratique, celle du séquençage.

Au vu des photos ci-dessous, les natices à points noirs pourraient regrouper plusieurs espèces compte tenu de la variabilité des motifs de leur coquille et des motifs du corps de l'animal. Ces caractères, associés aux données du barcode, aideront à résoudre la question.

Naticidé à points noirs © Laurent Charles/ MNHN Naticidé à points noirs © Laurent Charles/ MNHN
Autre naticidé à points noirs © Laurent Charles/ MNHN Autre naticidé à points noirs © Laurent Charles/ MNHN

La photographie s'intègre ainsi dans une séquence d'opérations visant à documenter et à caractériser les spécimens et les espèces rencontrées, dont l’étape d’après est la caractérisation moléculaire. Tous les spécimens photographiés sont traités par l'équipe barcode. Chacun des spécimens photographiés est ainsi à terme documenté en collection par les photos de l'animal vivant, la coquille, un échantillon de tissu et une séquence pour certains gènes.

Le choix des spécimens photographiés peut aussi être lié à l'esthétique ou à la rareté de l'espèce.

Ovulidé mimétique sur un rameau de gorgone © Laurent Charles/ MNHN Ovulidé mimétique sur un rameau de gorgone © Laurent Charles/ MNHN
Haliotidé (ormeau) avec ses tentacules déployés © Laurent Charles/ MNHN Haliotidé (ormeau) avec ses tentacules déployés © Laurent Charles/ MNHN

Par Laurent Charles.